Une femme âgée assise à sa table de cuisine tient un document papier tout en regardant un écran de vérification sur son ordinateur portable, un téléphone posé à côté.
Publié le 13 octobre 2026

Vous avez une connexion Internet, mais impossible d’accéder à votre dossier fiscal, de transmettre un document pour une prestation ou de remplir un formulaire de santé ? Le problème ne vient pas nécessairement de votre capacité à utiliser un ordinateur. Entre les codes de sécurité, les justificatifs à numériser et les comptes difficiles à récupérer, une démarche apparemment simple peut devenir inaccessible.

Au Canada, ces obstacles touchent particulièrement les personnes qui disposent de peu de moyens, partagent leur équipement, changent fréquemment de téléphone ou n’ont personne pour les accompagner. La solution n’est pas toujours d’acheter un appareil ou de suivre une longue formation. Elle consiste souvent à identifier précisément l’étape bloquante, à trouver une méthode de remplacement et à obtenir l’aide appropriée sans compromettre ses renseignements personnels.

Quelques outils gratuits, une préparation adaptée et la connaissance des solutions non numériques peuvent suffire à rendre de nombreuses démarches plus accessibles. Lorsque ce n’est pas le cas, les services publics et les organismes d’accompagnement doivent aussi pouvoir proposer une solution humaine.

Accéder aux services essentiels sans se perdre dans les démarches numériques

  • Une connexion ne suffit pas : il faut également pouvoir s’identifier, recevoir les codes nécessaires et transmettre les documents dans le format demandé.
  • La meilleure trousse est souvent presque gratuite : un courriel maîtrisé, des mots de passe sécurisés, une méthode de récupération et un accès ponctuel à un ordinateur peuvent éviter des achats inutiles.
  • L’aide doit préserver votre autonomie : bibliothèque, organisme communautaire ou service téléphonique peuvent faciliter une démarche sans que vous abandonniez le contrôle de vos comptes.

Pourquoi avoir Internet ne suffit pas quand les services exigent 2FA et documents numériques ?

Avoir Internet ne garantit pas de pouvoir terminer une démarche gouvernementale en ligne. Entre l’ouverture d’un portail et l’envoi d’une demande, il faut parfois confirmer son identité, utiliser un code d’authentification multifacteur et fournir un document numérique dans un format précis. Si une seule étape devient impossible, la connexion Internet ne sert plus à grand-chose pour cette démarche.

Cette difficulté illustre la fracture numérique de deuxième niveau : au-delà de l’accès matériel à Internet, les compétences, les équipements et les moyens d’authentification déterminent ce qu’une personne peut réellement accomplir. Un citoyen peut consulter les nouvelles, communiquer avec sa famille et néanmoins être incapable de demander une prestation en ligne.

18,1 %

des Canadiens utilisaient Internet sans avoir utilisé de services gouvernementaux numériques en 2022. Cette proportion ne mesure pas directement les démarches échouées ni les difficultés d’authentification.

Statistique Canada, analyse de Statistique Canada sur les utilisateurs des services gouvernementaux numériques, publiée le 8 avril 2026.

Les obstacles concrets se présentent souvent les uns après les autres. Vous retrouvez le bon site, mais le compte exige un code que vous ne pouvez pas recevoir. Vous franchissez cette étape, puis le service demande un PDF alors que votre justificatif est uniquement sur papier. Dans certains portails, plusieurs tentatives de connexion infructueuses peuvent également déclencher un verrouillage.

L’authentification multifacteur ne signifie toutefois pas toujours qu’un téléphone intelligent est indispensable. Pour l’accès à Mon dossier Service Canada au moyen de la CléGC, les méthodes documentées comprennent notamment le texto, l’appel vocal, l’application d’authentification et une grille de codes d’accès. Cette dernière constitue une solution pour certaines personnes sans téléphone ni appareil intelligent. Une méthode de secours doit également être configurée.

Les méthodes acceptées dépendent du service. Une solution disponible pour Service Canada ne fonctionne pas nécessairement pour l’Agence du revenu du Canada, un portail provincial de santé ou un service municipal.

Lorsqu’une démarche échoue, la personne doit parfois recommencer par téléphone ou se déplacer. Ce détour peut consommer des heures et compliquer le respect d’une échéance. Ce mécanisme est plausible, mais les données statistiques citées ne permettent pas de quantifier les retards ou les droits perdus qui en résultent.

Pour repérer votre premier obstacle, posez-vous trois questions :

  • Ai-je une adresse courriel personnelle à laquelle je peux accéder régulièrement ?
  • Ai-je une méthode acceptée pour recevoir ou produire les codes de sécurité ?
  • Puis-je transformer un document papier en fichier exploitable lorsque c’est nécessaire ?

Une réponse négative suffit à identifier le point à régler avant de recommencer la démarche. Il n’est pas nécessaire de maîtriser toutes les technologies à la fois.

La prochaine étape consiste à réunir les moyens strictement nécessaires pour franchir ces obstacles, sans engager une dépense disproportionnée.

Comment se créer une trousse numérique de base avec moins de 150 $CAD sans se tromper ?

Pour constituer une trousse numérique avec un budget inférieur à 150 $CAD, commencez par les outils gratuits et n’achetez que ce qui manque pour accomplir une démarche identifiée. Un courriel personnel, un gestionnaire de mots de passe, un moyen de numériser les documents et une méthode d’authentification compatible comptent davantage qu’un appareil récent.

Le bon équipement dépend de votre situation. Une personne qui possède déjà un vieux téléphone fonctionnel n’a pas les mêmes besoins qu’une personne sans appareil personnel. Un ordinateur public peut suffire pour remplir un formulaire, mais il demande davantage de précautions lorsqu’il faut consulter des renseignements fiscaux ou médicaux.

Voici les éléments à privilégier. Certains peuvent être configurés gratuitement ; d’autres nécessitent uniquement un accès ponctuel à de l’équipement partagé.

Les outils de base et les dépenses à éviter
Besoin Solution minimale Point à vérifier avant de payer
Recevoir les messages Courriel personnel gratuit Pouvoir récupérer l’accès sans dépendre d’une autre personne
Conserver les identifiants Gestionnaire de mots de passe gratuit adapté à son appareil Possibilité de récupérer ou d’exporter ses données
Numériser un justificatif Fonction photo d’un téléphone ou équipement disponible en bibliothèque Format, lisibilité et taille du fichier acceptés
Recevoir des codes Méthode de vérification officiellement acceptée, éventuellement téléphone prépayé si nécessaire Existence d’une solution sans smartphone ou sans forfait mobile
Éviter la perte d’accès Codes de secours fournis par le service, conservés en sécurité Validité, confidentialité et fonctionnement réel de la méthode

Une règle simple évite la plupart des achats inutiles : partir de la démarche, pas du catalogue de produits. Si votre objectif consiste à transmettre une pièce justificative, vérifiez d’abord si le service accepte une photo ou exige un PDF. Si vous devez accéder à un compte, vérifiez les méthodes d’authentification qu’il propose avant d’acheter un téléphone ou une clé de sécurité.

Les scanners coûteux, abonnements de conversion de fichiers et services payants de conservation des mots de passe ne sont pas automatiquement nécessaires. Les bibliothèques et organismes peuvent parfois mettre à disposition les équipements requis. Une clé de sécurité matérielle ne doit pas être achetée sans confirmation explicite de sa compatibilité avec le service concerné.

La sécurité mérite cependant une attention particulière. La ligne directrice du gouvernement du Canada sur la sécurité des mots de passe souligne l’utilité des gestionnaires pour créer et conserver des mots de passe distincts. Leur propre accès doit rester protégé, car sa compromission peut exposer plusieurs comptes.

Votre trousse numérique : cinq vérifications avant de dépenser

  1. Choisir une démarche prioritaire : noter le nom exact du service et l’action à accomplir sur une fiche.
  2. Vérifier le courriel : envoyer un message de test et confirmer qu’il peut être consulté sans aide extérieure.
  3. Vérifier la connexion sécurisée : relever les méthodes d’authentification acceptées et identifier une solution de secours disponible.
  4. Tester la numérisation : préparer un fichier d’essai non sensible et confirmer qu’il respecte les exigences publiées par le service.
  5. Établir la liste des dépenses nécessaires : inscrire uniquement les éléments encore manquants, puis vérifier que leur coût total respecte le budget de 150 $CAD.

Si vous ne possédez aucun équipement adapté, un lieu d’accès public peut offrir une solution plus rapide et moins coûteuse, surtout lorsqu’une échéance approche.

Bibliothèque ou organisme : où aller quand vous devez remplir un formulaire en 48 heures ?

Si vous devez remplir un formulaire dans les 48 heures, privilégiez une bibliothèque lorsque votre principal obstacle est l’absence d’ordinateur ou de connexion. Si vous avez besoin d’aide pour comprendre les questions, préparer les justificatifs ou suivre une procédure complexe, contactez plutôt un organisme communautaire. Dans les deux cas, vérifiez immédiatement les disponibilités et l’existence d’une solution téléphonique ou en personne.

Une bibliothèque publique peut mettre à disposition des ordinateurs, un réseau Wi-Fi et, selon l’établissement, des services d’impression ou de numérisation. Son personnel peut parfois expliquer comment utiliser l’équipement, mais il n’est pas nécessairement autorisé ou disponible pour remplir une demande gouvernementale à votre place.

Un organisme d’alphabétisation numérique, d’accueil des nouveaux arrivants ou d’accompagnement communautaire peut offrir une aide plus personnalisée. Cette aide dépend toutefois de ses ressources, de ses horaires et de ses règles de confidentialité. Une séance sans rendez-vous n’est jamais garantie.

Pour choisir rapidement, comparez les possibilités selon la nature du blocage, la confidentialité et la disponibilité.

Bibliothèque ou organisme communautaire : quel soutien choisir ?
Critère Bibliothèque publique Organisme communautaire
Besoin principal Ordinateur, connexion, impression ou numérisation selon les services disponibles Compréhension du formulaire et accompagnement adapté aux besoins
Confidentialité Poste potentiellement partagé, espace parfois ouvert au public Accompagnement possiblement plus confidentiel, selon les pratiques de l’organisme
Urgence Accès parfois possible sans rendez-vous, sous réserve des disponibilités Personnel spécialisé utile, mais délais variables
Limites Aide administrative et technique parfois restreinte Services, critères d’admissibilité et horaires différents selon l’organisme

En cas d’urgence, la première action n’est pas forcément de chercher un ordinateur. Il faut d’abord identifier l’organisme responsable, l’heure limite de dépôt et les modes de transmission acceptés. Un appel au service officiel peut permettre de connaître les solutions disponibles lorsqu’une démarche en ligne est impossible. Ne présumez pas qu’un appel, un courriel ou un déplacement prolongera automatiquement un délai.

Avant de partir, préparez une enveloppe contenant les pièces d’identité et les documents demandés, les références de votre dossier et les moyens d’accès que vous utilisez déjà. Conservez les originaux sous votre contrôle et évitez de laisser des photocopies ou des fichiers sur un poste partagé.

Une fois sur place, demandez explicitement si quelqu’un peut vous aider à terminer la démarche ou seulement à accéder à l’équipement. Cette distinction permet d’éviter de perdre une partie du délai dans une file d’attente inutile.

Après transmission, conservez le numéro de confirmation ou la preuve de dépôt lorsqu’il en existe une. Le simple fait d’avoir rempli les champs ne garantit pas que la demande a été envoyée.

Une démarche accomplie dans les délais reste importante, mais elle ne doit pas conduire à remettre ses identifiants ou son identité numérique à une personne inconnue.

L’erreur qui vous expose au vol d’identité quand quelqu’un « vous aide » à créer vos comptes

L’erreur la plus risquée consiste à laisser une autre personne créer votre compte avec sa propre adresse courriel, son numéro de téléphone ou ses moyens de récupération. Même si cette personne souhaite sincèrement vous aider, elle peut ensuite recevoir les codes permettant de réinitialiser l’accès. Vous risquez alors de dépendre d’elle pour consulter des renseignements sensibles ou reprendre le contrôle du compte.

Cette situation ne signifie pas que l’aidant devient juridiquement propriétaire du compte. Le problème est plus concret : la maîtrise des coordonnées de récupération peut donner à un tiers un contrôle pratique sur l’accès, alors même que les informations appartiennent au titulaire légitime.

Le risque existe dans plusieurs situations. Un proche centralise les courriels de toute la famille pour simplifier les démarches. Un intervenant mal formé conserve des identifiants dans un carnet partagé. Une personne se présente comme spécialiste des prestations et propose de gérer tous vos comptes en échange d’un accès complet.

Ces exemples sont des scénarios de prévention, et non des accusations concernant des aidants ou organismes particuliers. Un accompagnement de qualité peut être parfaitement légitime lorsqu’il respecte la confidentialité et laisse au titulaire le contrôle de ses accès.

Pour un compte fiscal, l’Agence du revenu du Canada déconseille de partager ses identifiants et mots de passe. Elle prévoit également des mécanismes permettant d’autoriser officiellement une autre personne, notamment un membre de la famille ou un comptable, pour certaines démarches.

Les recommandations de l’Agence du revenu du Canada pour protéger son compte invitent notamment à surveiller les modifications inattendues des coordonnées, des renseignements bancaires et des représentants autorisés.

La différence est essentielle : un représentant autorisé utilise un mécanisme prévu par l’administration, avec les conditions et limites applicables. Un proche qui connaît simplement votre mot de passe ne bénéficie pas, de ce seul fait, d’une autorisation formelle. Les modalités varient selon les services fédéraux, provinciaux et les établissements de santé.

Si quelqu’un a déjà créé un compte pour vous, vérifiez dès que possible :

  1. Que l’adresse courriel principale et les coordonnées de récupération vous appartiennent et restent accessibles.
  2. Que le mot de passe peut être changé par vous-même, depuis un appareil de confiance.
  3. Que l’authentification multifacteur utilise une méthode dont vous conservez le contrôle.
  4. Qu’aucune coordonnée, aucun représentant et aucun renseignement bancaire n’ont été modifiés à votre insu.

Si vous ne pouvez plus accéder au compte, utilisez les coordonnées d’assistance publiées sur le site officiel de l’organisme. Préparez les éléments nécessaires pour prouver votre identité. En présence de changements suspects, signalez-les sans attendre par les canaux officiels ; ne transmettez pas de nouveaux codes à la personne dont l’intervention pose problème.

La meilleure protection reste d’apprendre progressivement quelques gestes simples pour utiliser et sécuriser ses comptes, même lorsque des démarches plus complexes nécessitent toujours un accompagnement.

Quand apprendre courriel, mots de passe et formulaires pour progresser sans décrocher ?

Commencez l’apprentissage numérique au moment où une démarche réelle l’exige, en donnant la priorité au courriel, puis à la gestion des mots de passe et enfin aux formulaires. Cette progression permet de consolider chaque compétence avant d’en ajouter une autre. L’objectif n’est pas de devenir expert en informatique, mais de réussir les tâches courantes sans dépendance excessive.

Le courriel constitue le premier apprentissage utile, car de nombreux services s’en servent pour transmettre des avis, confirmer des demandes ou permettre la récupération d’un accès. Savoir ouvrir sa boîte, retrouver un message et reconnaître une demande suspecte offre une base utilisable dans plusieurs situations.

Vient ensuite la gestion des identifiants. Il faut apprendre à créer des mots de passe distincts, à les enregistrer de façon sécurisée et à récupérer l’accès à son gestionnaire. Une phrase de passe suffisamment robuste peut parfois être plus facile à retenir qu’une combinaison difficile à mémoriser. Les recommandations techniques canadiennes présentent notamment les longues phrases composées de mots choisis au hasard.

La troisième étape est l’utilisation d’un portail : reconnaître l’adresse officielle, ouvrir une session, retrouver un formulaire, remplir les champs nécessaires et vérifier la confirmation d’envoi. Il est préférable de pratiquer sur la véritable démarche à effectuer, lorsque les conditions permettent de le faire sans risque.

Cette approche est souvent appelée apprentissage « juste-à-temps ». Ici, elle constitue une méthode pratique d’accompagnement, et non une efficacité pédagogique chiffrée démontrée par les sources disponibles.

Une progression numérique adaptée aux besoins immédiats
Étape Exercice pratique Résultat attendu
Courriel Retrouver un message récent et envoyer une réponse Accéder seul à sa boîte courriel
Mots de passe Enregistrer un identifiant distinct et tester sa récupération Réduire les oublis et la réutilisation des mots de passe
Portail officiel Repérer le service, les documents et les étapes de connexion Comprendre le parcours avant de transmettre des données
Formulaire Compléter une demande réellement nécessaire avec assistance au besoin Obtenir une confirmation de transmission lorsqu’elle est prévue

Certaines compétences gagnent à devenir des habitudes : utiliser un mot de passe différent, ne jamais communiquer un code de vérification, vérifier l’adresse d’un site et se déconnecter d’un ordinateur partagé. D’autres tâches, comme une déclaration fiscale complexe, peuvent continuer à nécessiter un professionnel ou un aidant autorisé.

Les signes de surcharge sont faciles à reconnaître : multiplication des comptes oubliés, recours au même mot de passe partout, incapacité d’ouvrir seul le courriel ou abandon dès qu’un message d’erreur apparaît. Ce sont des signaux invitant à simplifier le parcours, pas à imposer davantage d’outils.

Un intervenant peut alors reprendre une compétence déjà connue, faire répéter une action utile et remettre une courte fiche de rappel sans identifiants ni données sensibles. La progression doit suivre les besoins et le rythme de la personne.

Cette méthode concerne aussi les organisations : les outils numériques ne remplacent pas systématiquement le soutien humain nécessaire aux personnes qui rencontrent des obstacles persistants.

Robotiser une ligne ou former l’équipe : quoi choisir quand le budget est de 50 000 $CAD ?

Pour une organisation qui accompagne des citoyens vulnérables, un budget hypothétique de 50 000 $CAD ne doit pas être consacré automatiquement à l’automatisation. Former les intervenants peut être plus pertinent lorsque les personnes ont besoin d’explications, de réassurance ou d’aide pour récupérer leurs comptes. L’automatisation mérite plutôt d’être réservée aux tâches répétitives, prévisibles et accessibles à tous les publics concernés.

Le choix entre robotiser une ligne de traitement et former une équipe doit donc être évalué à partir du parcours réel des usagers. Dans un service communautaire, un outil de libre-service peut accélérer certaines opérations simples tout en laissant de côté les personnes qui ne parviennent pas à franchir l’authentification ou à télécharger leurs documents.

À l’inverse, une équipe formée à l’accompagnement numérique peut détecter des besoins que l’interface ne révèle pas : difficulté à lire les consignes, absence de téléphone personnel, inquiétude liée à la confidentialité ou impossibilité de produire une pièce justificative.

Il ne s’agit pas de prouver que l’humain est toujours supérieur à l’automatisation. Les deux répondent à des besoins différents et peuvent être complémentaires.

Avant de choisir, une organisation peut comparer quatre dimensions :

  • Le coût complet : formation initiale, remplacement éventuel du personnel, mises à jour, maintenance logicielle et assistance technique.
  • Les cas non automatisables : situations complexes, incompréhensions, problèmes d’identité et demandes nécessitant du jugement humain.
  • Le risque d’exclusion : proportion de personnes incapables d’utiliser le nouveau parcours sans aide.
  • La continuité du soutien : possibilité de passer facilement à un intervenant lorsqu’un outil ne fonctionne pas.

Le montant de 50 000 $CAD est un cadre de réflexion, pas une estimation universelle. Il peut représenter un projet important pour une petite structure et une intervention limitée pour un organisme plus vaste. Sans connaître les effectifs, les charges salariales, les logiciels et le volume des demandes, aucune répartition budgétaire chiffrée ne serait fiable.

Scénario hypothétique : automatiser sans supprimer l’aide humaine

Un organisme communautaire envisage de remplacer l’accueil initial par un formulaire automatisé. Le nouvel outil pourrait orienter rapidement les personnes capables de l’utiliser, mais certaines n’arriveraient même pas à soumettre une demande d’assistance.

L’organisme décide alors d’évaluer une solution mixte : formulaire simplifié pour les demandes courantes et maintien d’un accueil humain pour les situations complexes. Ce scénario sert à illustrer les arbitrages possibles ; il ne constitue pas un résultat d’étude ni une économie démontrée.

Un effet secondaire de l’automatisation mérite une attention particulière : lorsque les interactions humaines disparaissent, les difficultés individuelles peuvent devenir invisibles. Une personne qui quitte un formulaire sans le terminer ne signale pas nécessairement son problème, surtout si aucun autre canal de contact n’est clairement indiqué.

Le calcul de décision doit donc intégrer le coût de mise en place et d’exploitation, mais aussi les demandes non abouties, les reprises manuelles et les possibilités de contact avec le personnel. Un essai limité permet de mesurer ces éléments avant d’engager tout le budget.

Une fois le dispositif choisi, son efficacité ne devrait pas être évaluée uniquement à travers les économies réalisées : il faut aussi savoir combien de personnes réussissent réellement leur démarche.

Taux de rupture ou marge : quel indicateur suivre en temps réel pour un commerce local ?

Pour un commerce ou un service local qui accueille des personnes vulnérables, le taux de rupture du parcours numérique est souvent plus utile à surveiller opérationnellement que la marge seule. La marge renseigne sur la viabilité financière ; le taux de rupture indique où les usagers abandonnent une démarche. Les deux indicateurs sont complémentaires, mais ils ne répondent pas à la même question.

Un organisme peut afficher des coûts administratifs en baisse tout en rendant l’accès plus difficile. Par exemple, un formulaire automatisé peut réduire le nombre d’interactions au comptoir sans révéler immédiatement combien de personnes n’ont pas réussi à demander le service.

Pour repérer ce problème, il faut distinguer les résultats économiques des obstacles observables :

Quels indicateurs suivre pour préserver l’accès aux services ?
Indicateur Ce qu’il mesure Décision qu’il facilite
Marge Résultat économique selon la définition comptable retenue Évaluer la rentabilité ou la viabilité du service
Taux de rupture Part des parcours commencés qui s’interrompent à une étape définie Identifier un obstacle nécessitant une correction
Demandes incomplètes Dossiers qui ne contiennent pas tous les éléments nécessaires Clarifier les consignes et les justificatifs
Recours à l’aide humaine Demandes nécessitant une intervention complémentaire Adapter les ressources d’accompagnement

Le taux de rupture doit être défini avant de lancer la mesure. Par exemple, une organisation peut suivre les personnes qui commencent une étape d’authentification, mais ne la terminent pas. Il faut distinguer ce cas d’un simple départ volontaire ou d’une session interrompue pour être reprise ultérieurement.

Une méthode simple consiste à observer les passages entre les étapes clés pendant une période test. Pour une étape donnée, le taux de rupture peut être calculé ainsi :

Taux de rupture à l’étape = (parcours entrés dans l’étape et interrompus à cette étape ÷ parcours entrés dans l’étape) × 100.

Il s’agit d’une méthode de mesure proposée, pas d’un indicateur réglementaire imposé par les sources citées. Elle exige une définition stable de l’interruption, une période d’observation cohérente et une attention aux parcours qui reprennent plus tard.

Les données nécessaires peuvent d’abord être consignées dans un tableau simple, avec des totaux anonymisés. Il n’est pas indispensable d’installer une plateforme coûteuse ni de collecter les renseignements personnels des utilisateurs. Un comptage manuel peut suffire pour identifier un point problématique.

La mesure en temps réel n’est utile que si le service peut agir rapidement. Des alertes répétées sur chaque clic ou chaque départ risquent de détourner l’attention des véritables difficultés. Mieux vaut commencer par quelques étapes : ouverture du formulaire, connexion, dépôt des documents et confirmation finale.

Lorsque les ruptures se concentrent sur une étape, l’organisation peut tester une consigne plus claire, un formulaire simplifié ou un accès direct à un intervenant. Elle compare ensuite les résultats avec ceux de la période précédente, sans attribuer automatiquement toute variation à la modification.

Mesurer les obstacles permet de mieux répartir les moyens, mais leur réduction durable dépend également d’un choix raisonnable des outils utilisés par les citoyens et les équipes.

À retenir pour simplifier durablement l’accès numérique

  • Un outil supplémentaire ne résout un problème que s’il correspond à une difficulté réelle du parcours.
  • La capacité à récupérer un compte après un changement d’appareil est aussi importante que la facilité de sa première utilisation.
  • Une configuration minimale, documentée et régulièrement vérifiée peut être plus accessible qu’un ensemble d’applications spécialisées.

Choisir et configurer les bons outils sans multiplier les apps et perdre du temps

La meilleure façon de simplifier ses démarches numériques consiste à conserver un petit nombre d’outils fiables, faciles à récupérer et adaptés aux services réellement utilisés. Un courriel personnel, un gestionnaire de mots de passe et une méthode d’authentification compatible peuvent répondre à de nombreux besoins. Multiplier les applications complique inutilement l’accès, surtout lorsqu’on change d’appareil ou qu’on doit demander de l’aide.

Pour une personne disposant de ressources limitées, la continuité d’accès est déterminante. Un téléphone peut être perdu, brisé ou remplacé. Une adresse courriel peut devenir inaccessible. Un changement de logement peut rendre difficile la réception du courrier de vérification.

Il faut donc examiner un outil non seulement selon sa facilité d’utilisation aujourd’hui, mais aussi selon la possibilité de retrouver ses données et ses comptes demain.

La portabilité est un critère essentiel. Avant d’adopter une application, vérifiez si les données peuvent être exportées, si une nouvelle connexion peut être établie depuis un autre appareil et si l’accès peut être rétabli sans l’intervention d’une personne extérieure.

Les applications qui enferment les informations dans un seul appareil sans solution de récupération adaptée présentent un risque particulier. À l’inverse, la synchronisation entre appareils peut faciliter la continuité, à condition de protéger le compte central qui permet cette synchronisation.

Une configuration minimale devrait privilégier les éléments suivants :

  1. Le courriel principal : garder une adresse active, personnelle et consultée régulièrement.
  2. Les moyens de récupération : configurer une adresse secondaire ou une autre méthode acceptée, à condition d’en conserver réellement le contrôle.
  3. L’authentification multifacteur : choisir une méthode accessible et enregistrer une solution de secours lorsque le service la propose ou l’exige.
  4. Les mots de passe : utiliser des identifiants distincts et un gestionnaire correctement sécurisé, si cet outil convient à la personne.
  5. Les documents : conserver les fichiers nécessaires dans un espace maîtrisé, sans laisser de copies sensibles sur les appareils publics.

Lorsque des codes de secours imprimables sont proposés, ils doivent être conservés dans un endroit privé et sûr. Leur utilisation, leur durée de validité et leurs conditions de renouvellement dépendent du service. Les questions de sécurité fondées sur des informations personnelles faciles à deviner ne devraient pas être choisies comme solution de remplacement lorsqu’une méthode plus sûre est disponible.

Pour Mon dossier Service Canada au moyen de la CléGC, les instructions de Service Canada sur l’authentification multifacteur présentent notamment les méthodes de vérification disponibles, la configuration d’une méthode de secours et les démarches à suivre lorsque l’accès est verrouillé. Ces indications concernent ce service précis et ne doivent pas être appliquées indistinctement à tous les comptes gouvernementaux canadiens.

Une autre difficulté provient de l’accumulation de comptes : un service pour les impôts, un autre pour l’emploi, plusieurs applications de santé, différentes adresses courriel et des mots de passe parfois réutilisés. À mesure que l’ensemble devient difficile à maîtriser, la personne risque de dépendre davantage de son entourage ou d’utiliser des pratiques moins sûres.

Pour éviter cette situation, il est utile de tenir un inventaire privé indiquant les services réellement utilisés, l’adresse courriel associée et l’existence d’une méthode de récupération. Cet inventaire ne doit pas exposer les mots de passe, codes temporaires ou numéros sensibles à d’autres personnes.

Une vérification une fois par saison constitue une routine pratique, sans prétendre qu’il s’agit d’une fréquence officiellement obligatoire ou scientifiquement optimale :

  • Repérer les comptes devenus inutiles et examiner leur suppression lorsqu’elle est possible sans perdre de documents nécessaires.
  • Contrôler les adresses courriel et numéros associés aux comptes importants.
  • Vérifier que les méthodes de récupération sont encore utilisables.
  • Examiner les notifications inhabituelles et les modifications de paramètres non reconnues.
  • Mettre à jour les notes pratiques permettant de retrouver les procédures officielles.

La simplification numérique ne signifie pas supprimer tous les outils ni effectuer toutes les démarches seul. Elle signifie conserver ce qui fonctionne, éliminer les dépendances inutiles et pouvoir obtenir une assistance adaptée lorsqu’une situation devient trop complexe.

Commencez par une action concrète : choisissez le compte gouvernemental le plus important pour votre situation, vérifiez que ses coordonnées de récupération sont bien les vôtres et identifiez le service officiel à contacter en cas de blocage. Si vous ne pouvez pas le faire seul, demandez un accompagnement qui vous laisse le contrôle de vos renseignements personnels. L’objectif n’est pas de tout numériser, mais de pouvoir accéder aux services essentiels lorsque vous en avez besoin.

Questions pratiques sur l’accès aux services essentiels en ligne au Canada
Peut-on accéder à un service gouvernemental canadien sans téléphone intelligent ?

Oui, pour certains services. Mon dossier Service Canada accessible au moyen de la CléGC prévoit notamment l’authentification par appel vocal et une grille de codes d’accès. Les méthodes disponibles varient toutefois selon le portail et le mode de connexion. Il faut vérifier les possibilités directement auprès de l’organisme responsable avant d’acheter un appareil.

Est-il prudent d’utiliser un ordinateur public pour consulter ses renseignements fiscaux ?

Un ordinateur partagé exige des précautions supplémentaires. Utilisez uniquement le site officiel, ne sauvegardez pas vos mots de passe dans le navigateur, évitez d’enregistrer des documents sensibles sur le poste et déconnectez-vous complètement après la session. Si la confidentialité ne peut pas être assurée, demandez à l’établissement ou à un organisme d’accompagnement s’il existe un espace ou une méthode plus appropriés.

Que faire si une échéance approche et que le portail gouvernemental ne fonctionne pas ?

Identifiez immédiatement le service responsable et contactez son assistance officielle pour connaître les modes de transmission alternatifs éventuellement acceptés. Notez la nature du problème, la date et les démarches entreprises, et conservez les confirmations disponibles. N’attendez pas l’expiration du délai. Un problème informatique ou une demande d’aide ne garantit pas automatiquement une prolongation.

Une personne peut-elle continuer à recevoir de l’aide pour ses démarches fiscales sans partager son mot de passe ?

Oui. L’Agence du revenu du Canada prévoit des mécanismes permettant d’autoriser un représentant pour certaines démarches fiscales. Cette approche est préférable au partage informel des identifiants. L’étendue de l’autorisation, sa gestion et ses conditions doivent être vérifiées auprès de l’ARC. Les autres administrations peuvent appliquer des règles différentes.

Que faire lorsqu’une personne n’a ni adresse stable, ni appareil personnel, ni soutien familial ?

La priorité est d’identifier la démarche essentielle et ses conditions réelles d’accès, puis de rechercher un point de service public ou un organisme communautaire capable de fournir un équipement et un accompagnement appropriés. Il faut aussi demander directement à l’administration quelles solutions sont prévues lorsque les coordonnées, les justificatifs ou les moyens d’authentification habituels ne sont pas disponibles. Les possibilités dépendent du service et de la situation de la personne.

Rédigé par Camille Gagnon, Journaliste indépendant·e focalisé·e sur la désinformation, l’infobésité et la vérification rapide des sources au Canada. Transforme des sujets complexes (résultats de recherche, faux sites, chiffres contradictoires) en méthodes concrètes et actionnables. L’objectif est d’aider à décider vite avec une information vérifiée, neutre et contextualisée.